« Quelle est en effet la page, quelle est la parole dont Dieu est l'auteur, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, qui ne soit une norme parfaite pour la vie humaine ? Quel est le livre des saints Pères catholiques qui ne nous fasse entendre comment courir tout droit jusqu'à ce que nous parvenions à notre créateur ? »

Translatio

16 juin 2017

Trinité et Eucharistie chez saint Éphrem

Saint Éphrem doit à ses nombreuses hymnes le titre de docteur de l’Église autant que celui de « Lyre du Saint-Esprit ». Voici comment il s’applique à exposer le Mystère de la Sainte Trinité :

Prends donc comme symboles le soleil pour le Père ; pour le Fils, la lumière ; et pour le Saint Esprit, la chaleur. Bien qu’il n’y ait là qu’un seul être, c’est une trinité que l’on perçoit en lui. Saisir l’inexplicable, qui le peut ?

Cet unique est multiple : un est formé de trois, et trois ne forment qu’un, grand mystère et merveille manifeste ! Le soleil est distinct de son propre rayonnement bien qu’il lui soit uni ; son rayon est aussi soleil.

Mais personne ne parle pourtant de deux soleils, même si le rayon est aussi soleil ici-bas. Pas plus nous ne disons qu’il y aurait deux dieux. Notre-Seigneur est Dieu, au-dessus du créé, lui aussi.

Qui peut montrer comment et où est attaché le rayon du soleil, ainsi que sa chaleur, bien que libres ? Ils ne sont ni séparés ni confondus, unis, quoique distincts, libres, mais attachés, ô merveille !

Tandis que le soleil demeure tout là-haut, sa clarté, son ardeur, sont pour ceux d’ici-bas, un clair symbole. Oui, son rayonnement est descendu sur terre et demeure en nos yeux comme s’il revêtait notre chair.



Ainsi, notre Sauveur a revêtu un corps dans toute sa faiblesse, pour venir sanctifier l’univers. Mais, lorsque le rayon remonte vers sa source, il n’a jamais été séparé de celui qui l’engendre. Il laisse sa chaleur pour ceux qui sont en bas, comme Notre-Seigneur a laissé l’Esprit Saint aux disciples.

Regarde ces images dans le monde créé, et ne vas pas douter quant aux Trois, car sinon tu te perds ! Ce qui était obscur, je te l’ai rendu clair : comment les trois font un, trinité qui ne forme qu’une essence !


(Saint Éphrem, Hymne sur la Trinité)


Pour exprimer le mystère du Christ, saint Éphrem use également d’une grande diversité d’expressions et d’images. En l’une de ses hymnes, il relie Adam et le Christ dans l’Eucharistie :

« Adam fut exclu par l’épée du chérubin, et ainsi lui fut fermé le chemin de l’arbre de vie. Mais pour les peuples, le Seigneur s’est donné lui-même en nourriture dans l’Offrande [eucharistique]. Les arbres de l’Éden furent donnés comme nourriture au premier Adam. Pour nous, le Jardinier en personne s’est fait nourriture pour nos âmes. En effet, nous étions tous sortis du paradis en même temps qu’Adam, quand il l’avait quitté. Maintenant que l’épée est remplacée par la lance [sur la croix], nous pouvons y retourner ».

Pour parler de l’Eucharistie, saint Éphrem se sert encore de deux autres images : la braise ou le charbon ardent, et la perle. Il emprunte au prophète Isaïe le thème de la braise. C’est l’image du séraphin qui prend avec une pince la braise pour en effleurer seulement les lèvres du prophète et les purifier ; alors que le chrétien touche et consomme la Braise, qui est le Christ lui-même :

« Dans ton pain se cache l’Esprit qui ne peut être consommé ; dans ton vin, il y a un feu qui ne peut être bu. L’Esprit dans ton pain, le feu dans ton vin : c’est là une merveille recueillie par nos lèvres. Le séraphin ne pouvait approcher ses doigts de la braise, qui ne fit qu’effleurer la bouche d’Isaïe ; les doigts n’ont pu la prendre ni les lèvres la saisir ; mais à nous le Seigneur a permis de faire ces deux gestes. Le feu descendit avec colère pour détruire les pécheurs, mais le feu de la grâce descend sur le pain et il y demeure. Au lieu du feu qui détruisit l’homme, nous avons mangé le feu dans le pain, et nous avons été vivifiés ».